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Le comique noir américain est dans une position peu enviable. Comme beaucoup d'artistes noirs américains, il fut longtemps à l'avant-garde de la visibilité, et donc à l'avant-garde des compromis, que d’aucuns regardent toujours comme des trahisons, avec plus ou moins de raisons. Hollywood s'est longtemps contenté des artifices du minstrel show, engageant des acteurs blancs pour jouer d'éventuels rôles noirs importants, admettant sans vergogne le jeu de la représentation raciste : ce sont des blancs qui jouent les nègres couards et violents de D.W. Griffith dans Naissance d'une Nation. Le premier film parlant Le Chanteur de Jazz, suit un chanteur qui se noircit le visage pour pouvoir assouvir ses envies de scène à l'abri des reproches de son père. Dans ces deux exemples on retrouve les deux caractéristiques du stéréotype médiatique du noir américain: il exude la menace sourde de la bête, bête de sexe toujours en filigrane, bête de scène, grand enfant amusant ou sombre judas. Peu à peu des acteurs noirs sont introduits dans les films,

et il existe des films créés, produits par des noirs, pour des noirs. Le grand Paul Robeson fera ainsi ses armes dans les productions noires et en tant que noir de service pour Hollywood. C'est l'époque de la ségrégation officielle, et les cultures séparées ne se rencontrent que peu. Les noirs américains sont sur scène mais leur présence dans la société n'est pas officielle. Cette position évoluera avec le temps, sans toutefois échapper à son paradoxe inhérent. Les noirs qui jouent des noirs doivent jouer l'imaginaire blanc, si vous me suivez ; il faut sourire toutes dents dehors à la Louis Armstrong, faire les gros yeux, faire des claquettes, danser, faire rire avec un accent. Le comique noir des débuts est principalement comique parce que noir. Parallèlement à celà se développe certains aspects typiques de la culture noire américaines, en cela qu'ils concernent l'humour noir dans une société raciste blanche. Comme en témoignent les contes et histoires du folklore noir américain, les personnages d'idiots tant appréciés des blancs s'avèrent bien plus subtils qu'ils ne semblent ; jouer au con est un art en soi, et l'humour noir de l'Amérique ségrégationniste en fait bon usage. C'est une des formes de la pratique de Signifyin', détournement de la langue dominante, jeux de mots d'apparence anodine qui cachent des significations plus profondes, comme les blues et les gospels pouvaient notamment cacher des instructions d'évasions pour les esclaves. Voici comment le définissait l'écrivain John Wideman dans une interview : "'Signifying' est un jeu de mots-un jeu sérieux qui est à la fois éducation, amusement, exercice mental, préparation pour l'interaction avec amis ou ennemis dans l'arène sociale. Dans l'argot noir américain, 'signifying' est un signe montrant qu'on ne peut pas faire confiance aux mots, que la plus petite expression donne lieu à une interprétation, que le langage est à la fois carnaval et champ de mine." Et il y en a, de la place pour les interprétations, dans le gouffre qui sépare le noir américain de son double médiatique.

Amos et Andy

Amos and Andy, la première série télévisée entièrement noire, montre ainsi autant du racisme crasse auquel on pourrait s'attendre (gros yeux qui roulent, stupidité, etc.) que d'un certain progressisme. La série originale avait été diffusée à la radio de 1928 aux années 40, et tous les personnages, bien que noirs, étaient joués par des blancs, avec une finesse que je vous laisse deviner. Ce fut la série radio la plus écoutée du pays pendant cette période. La série passa à la télévision en 1951, entièrement jouée par des acteurs noirs. Certes Amos and Andy sont des clichés ambulants, mais ils sont

aussi des idiots comme les 3 Stooges peuvent l'être. Ils sont entourés de professeurs, de docteurs, d'avocats, d'ouvriers, tous noirs, et jouant tous la voix de la raison face à l'imbécillité des personnages principaux. Ces acteurs noirs furent-ils des traîtres, acceptant de jouer des rôles créés pour eux par des producteurs et scénaristes blancs, ou des pionniers, suggérant tout doucement une vision alternative de l'Autre, du noir ? La série télé ne dura que deux ans : à la moitié des années 50, la question raciale en Amérique accéléra et laissa les molles vélléités d'Amos and Andy aux poubelles de l'Histoire.

Résumé de Humour Noir : "les comiques noirs américains, ou les larmes des clowns" par Alfred



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    Par: Jo
    Le 2010-01-21
    Honte à ceux qui vois les noirs avec un regard méprisant